LE TRAITEMENT DU TEMPS

 

Le montage

Bien entendu, la grande majorité des films sont composés de plusieurs plans rassemblés et organisés au moment du montage. Faire le montage, c'est assembler tous les plans en les juxtaposant, en les enchaînant, en réglant leur durée et leur position, de manière à raconter une histoire et à exprimer des idées ou des sentiments. Le montage a donc une fonction narrative et une fonction expressive.

 

La fonction narrative du montage

Le montage consiste d’abord à rassembler les plans de telle sorte que l’histoire soit intelligible : il s’agit d’organiser un parcours suffisamment clair dans le temps et dans l’espace pour permettre au spectateur et à la spectatrice de suivre le déroulement du récit. Pour ce faire, on utilise les séquences. C’est par la construction des séquences et l’agencement des séquences entre elles que les différents épisodes d’une histoire se succèdent avec logique et vraisemblance.

 

Il existe plusieurs genres de séquences :

  • La scène :La durée de la projection correspond à la durée de l’action. L’exemple type serait le plan séquence, où toute l’action est couverte par un seul plan.
  • La séquence ordinaire :Elle comporte des ellipses temporelles minimes et conserve ainsi sa logique globale et sa suite chronologique.
  • La séquence alternée :On montre en alternance deux ou plusieurs actions simultanées. Par exemple, tandis que des cambrioleurs forcent un coffre, les policiers se précipitent en voiture vers le lieu du vol.
  • La séquence en parallèle :On montre en alternance deux ou plusieurs éléments (action, objets, paysages, activités, etc.) sans lien chronologique marqué pour établir une comparaison, par exemple (d’une part l’activité d’une famille pauvre en Afrique, et d’autre part l’activité d’une famille riche en Amérique.
  • La séquence par épisodes :L'évolution qui se produit durant une période de temps importante est montrée en quelques plans caractéristiques séparés par des ellipses. Un exemple type se trouve dans le film Citizen Kane, d'Orson Welles, où une suite de plans nous montre un couple au petit déjeuner. D'un plan à l'autre, on effectue des sauts dans le temps: les personnages vieillissent, se parlent de moins en moins, s'éloignent de plus en plus.
  • La séquence en accolade :Il s'agit d'un montage de plusieurs plans montrant un même ordre d'événement. Une suite d'images nous montre, par exemple, l'événement terrifiant qu'est la guerre: usine d'armement, entraînement des soldats, décollage des avions, chute des bombes, etc.

 

Il y a aussi d'autres moyens d'articuler une histoire par le montage.

La rétrospective (flash-back) :Ce procédé consiste à renvoyer le spectateur ou la spectatrice dans le passé, en suspendant temporairement le déroulement de l'action principale pour présenter une séquence qui appartient à un moment précédant dans l'histoire. La rétrospective est souvent introduite par un procédé technique: un passage au flou, une fermeture au noir, etc.

La projection en avant (flash-forward) :Ce procédé consiste à projeter le spectateur ou la spectatrice dans le futur, en suspendant temporairement le déroulement de l'action principale pour présenter une séquence qui se rapporte à un moment à venir dans l'histoire.

 

La fonction expressive du montage

Tout en organisant l'histoire, le montage a également pour fonction de produire certains effets.

Créer des liaisons et des ruptures :Le montage permet de créer des liaisons ou des ruptures. Prenons l'exemple d'un homme qui monte un escalier et dont l'ascension a été filmée sur plusieurs plans. Au montage, on aura alors le choix de favoriser des raccords dans le mouvement, en enchaînant les plans dans le rythme de la montée. Ou au contraire, on pourra accentuer la rupture entre les étapes de l'ascension en escamotant certains moments et certains gestes (on appelle ce procédé un montage en "faux raccord").

Créer du rythme :On peut créer du rythme, en réglant la fréquence des coupes entre les plans ou en variant la durée de ces derniers. Au montage, on peut aussi créer une cadence visuelle qui, dans le cas du vidéo-clip, par exemple, est au service du tempo musical.

Créer du sens : On peut créer du sens, en rapprochant deux plans dont les contenus respectifs sont de nature différente. On peut produire des effets de causalité, de parallélisme, de comparaison, etc. (le plan de la foule succédant au plan d'un troupeau de moutons dans Les Temps Modernes de Chaplin, par exemple).